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Risques industriels : un exercice grandeur nature pour tester les réflexes de la gestion de crise

10h40, jeudi 1er juillet 2021, les sirènes d’alerte du PPI (Plan particulier d’intervention) déclenchées sur ordre de la Préfecture ont retenti sur le territoire de Caux Seine agglo. Elle faisait suite au déclenchement à 10h23 par le site industriel ExxonMobil de son POI (Plan d’opération interne) en raison d’un incendie constaté au sein même de leur usine.

« L’incendie s’est déclaré sur le Bloc 25, un bloc qui fabrique des additifs utilisés dans les lubrifiants automobiles. Nous avons constaté aussi une fuite de gaz importante. Le produit qui s’échappe – du SO3 qui est un produit gazeux dont les caractéristiques sont identifiées dans la fiche de données sécurité du produit  – a généré un nuage toxique qui peut avoir  des effets graves sur la santé : irritations des voies respiratoires, lésions oculaires et brûlures de la peau. Du fait de sa progression vers les villes voisines, nous avons alerté la Préfecture. Nous déplorons quatre blessés au sein du site », explique Jean-Philippe Petit, le responsable de la sécurité du site industriel.

Rien de réel dans tout cela. Se jouait ce jeudi 1er juillet un exercice grandeur nature de test de la chaîne d’alerte, à la demande de la Préfecture de Seine-Maritime. « Tester ses réflexes, c’est essentiel pour faire en sorte qu’ils deviennent des automatismes en situation réelle », approuve la Présidente de Caux Seine agglo, Virginie Carolo-Lutrot.

Coordonner l’action des nombreuses forces en présence

Sur les ondes radio était rapidement diffusé un message de mise à l’abri à l’adresse de la population sur un périmètre de 3 kilomètres autour du lieu du sinistre. Les voies de circulation dont la CD 110 étaient coupées. Sur le terrain, les forces de sécurité et de secours se mettaient en place comme si elles étaient en situation réelle. Toutes connaissaient la nature toxique du SO3 ; toutes étaient reliées au PCO (Poste de Commandement opérationnel) abrité dans les locaux de Caux Seine agglo, où Vanina Nicoli, Sous-Préfète du Havre en lien avec la Préfecture supervise l’opération avec le chef de salle incarné par la Présidente de Caux Seine agglo et l’exploitant industriel.

Tester la chaîne de gestion de crise, c’est mettre en présence, en effet, de nombreux opérateurs qui doivent avoir un retour d’informations rapide pour réagir au mieux à l’évolution de la crise. Le PCO avait pour mission de coordonner dans l’urgence de la situation l’action des uns et des autres pour donner une réponse optimale, sur le terrain.

A la Maison de l’Intercommunalité, policiers nationaux et municipaux, gendarmes, le SDIS 76, la cellule de la protection civile de la Préfecture, la DREAL (Direction régionale de l’Environnement), la DDTM (Direction départementale des territoires et de la Mer), l’Inspection Académique et la cellule de relations avec les mairies, ATMO Normandie (Association de surveillance de la qualité de l’air), l’ARS (Agence Régionale de Santé) et le SMUR  étaient à pied d’œuvre pour faciliter la transmission des messages. Informer en temps réel les différents acteurs qu’étaient en ce grand jour, la population mobilisée, les chefs d’établissements scolaires, les commerçants, les entrepreneurs, les salariés… mais aussi le centre hospitalier de Lillebonne, les secours dans leur entier sur l’évolution de la situation constituaient un enjeu majeur. La vitesse et le sens de propagation du nuage toxique étant au centre des préoccupations.

Premier test de la diffusion cellulaire auprès des habitants

« Cet exercice permet vraiment de tester la réactivité des forces en présence et d’améliorer la chaîne de transmission des infos. Grâce au dispositif mis en place aujourd’hui, nous allons pouvoir avoir un retour d’expérience concret sur la manière dont les habitants, et surtout les parents qui avaient déposé leurs enfants dans les écoles, ont réagi concrètement. Alors que cette simulation est en cours, je m’interroge sur la prise en charge des poids-lourds en approche de la zone industrielle de Port-Jérôme. Quelles sont les zones de stockage qui leur ont été réservées et quelles zones devrions-nous prévoir si la crise devait durer plusieurs heures au lieu des 40 minutes actuelles », réagissait Virginie Carolo-Lutrot, Présidente de Caux Seine agglo mais aussi maire de PJ2S.

Aux alentours de 13h, les forces de police dénombraient quelques 500 camions en arrêt sur les pourtours de la zone industrielle.

Pour l’élue de PJ2S et de l’agglo, cet exercice offrait également l’intérêt de pouvoir vérifier « les procédures, la communication entre services, et la mise en sécurité de tous les agents et usagers dans les services publics à l’échelle du territoire ».

« Nous avons déployé aujourd’hui de nouveaux moyens de communication pour une meilleure réactivité entre agents mais aussi à l’égard de la population puisque nous avons pu tester aujourd’hui notre système de diffusion cellulaire qui a permis l’envoi de SMS aux habitants mais aussi aux personnes en transit sur le territoire pour les tenir informés en temps réel. »

Automatiser les réflexes

La mise à l’abri de la population des neuf communes impliquées dans le scénario était levée à 11H33.

Mais les différentes forces en présence faisaient le choix de maintenir en place et en alerte leurs unités sur le terrain compte tenu du fait que – toujours dans cet exercice de simulation – la fuite de gaz toxique n’était toujours pas contenue sur le site ExxonMobil.

Ce n’est qu’à 12h40 que le jeu de simulation s’achevait. L’heure était venue de faire le retour d’expériences pour optimiser cette gestion de crise. « Le nombre d’acteurs impliqués dans cette gestion est important. Il est donc nécessaire de se donner les moyens d’une bonne coordination. L’enjeu est d’avoir une remontée rapide des données de terrain pour organiser la bonne transmission des informations et déterminer dans l’urgence qui fait quoi ? », analysait la Sous-Préfète du Havre. « Plus nos réflexes seront automatisés, plus on aura les moyens de faire face aux situations réelles », concluait pour sa part, Virginie Carolo-Lutrot.